Livre

A travers... La Paléontologie

L'Extraordinaire aventure de GILKY






Chapitre I


- Quiconque n'a jamais vu Gilky peut difficilement se faire une idée de sa beauté. Gilky était petite et admirablement proportionnée. Elle avait la tête fine et intelligente, mais son caractère le plus remarquable était sans contredire sa chevelure.

Imaginez une envolée de longs, de très longs cheveux du blond le plus ardent, le plus soyeux, le plus chaud, le plus lumineux que vous pourrez concevoir; placez-en avant une aigrette d’une éblouissante blondeur, et vous n’aurez encore qu’une très lointaine image de ce qu’était la chevelure de Gilky.

Déjà remarquable en plein jour, cette chevelure acquerrait avec la nuit un rayonnement presque surnaturel; ce n’était alors qu’une gerbe d’étincelles, qu’un feu d’artifice permanent; l’aigrette lançait des feux que les regards pouvaient à peine supporter, l’or répandu à profusion dans la chevelure scintillait, et, dans ses déplacements, Gilky semblait toujours semer derrière elle d’éblouissantes escarbilles …

Gilky était curieuse, mais curieuse à bon escient. Elle cherchait toujours à se renseigner, uniquement pour le plaisir d’apprendre. Elle savait raisonner et aussi philosopher à l’occasion, comme le montrera cette histoire. 

Gilky était toute jeune au moment où commence ce récit. En fait, elle venait de naître; et pourtant, elle était déjà lancée seule dans le vaste monde, ce qui ne l’empêchait pas de commencer joyeusement son chemin et d’ouvrir tout grands ses yeux étonnés sur tout ce qui l’entourait. Certes, elle aurait aimé cheminer de compagnie avec sept ou huit sœurs, mais puisque cela était impossible, elle en prenait son parti - nous avons déjà dit qu’elle connaissait la philosophie.

Très peu de temps auparavant, la mère de Gilky, se promenant par une nuit étoilée, aperçu celui qui allait croiser son chemin. Nous devons dire, pour être véridique, que l’attirance ne fut pas mutuelle ; la mère de Gilky n’obtint pas un regard. Voyant s’éloigner celui qu’elle avait choisi, elle se jeta à sa tête.
De cette unique rencontre naquit Gilky, en même temps que ses sept ou huit sœurs. Elles se trouvèrent seules dès leur naissance, car leur père s’éloigna sans un regard et leur mère avait éclaté en les mettant au monde, ce qui avait eu pour effet de les projeter dans toutes les directions.

… Comment ? Vous trouvez cela bizarre ? Oh ! Quel déplorable conteur je fais ! J’ai tout simplement oublié de vous dire que Gilky était une petite comète … Sa mère était donc une comète d’une taille respectable, qui heurta un jour un astre plus gros qu’elle; elle éclata sous le choc et se divisa en huit ou neuf comètes plus petites, dont Gilky …

Y êtes-vous maintenant ?
2

D’ailleurs, ce n’est pas l’arbre généalogique de Gilky qui nous intéresse, mais bien son extraordinaire aventure.

Donc, dès sa naissance, Gilky fut projetée dans l’espace. Le dieu des comètes lui donna pour but une petite étoile brillante. Elle sut plus tard que le nom de cette étoile était « Soleil ». Pour l’instant, peu lui importait la direction : tout était nouveau, tout étincelait ; mais elle remarqua avec plaisir - Gilky était coquette - que tout ce qui étincelait dans le Monde paraissait pâle dès qu’on le comparait à son éblouissante chevelure.

Et Gilky cheminait, cherchant en vain un astre qui pût rivaliser avec elle; elle regarda à droite et à gauche et ce n’est qu’en approchant du Soleil qu’elle aperçut brusquement l’étonnant spectacle qu’il présentait. Elle le regarda alors avec curiosité.
Le soleil semblait former le centre d’un manège et des boules plus ou moins grosses tournaient autour de lui; certaines boules formaient à leur tour un centre autour duquel couraient d’autres petites boules. Dire la surprise de Gilky devant ce spectacle est chose impossible, mais elle ne pût l’observer longtemps dans son ensemble car elle approchait rapidement et bientôt elle pénétra elle-même dans le manège.

  Elle imagina qu’elle allait être emportée par le tourbillon, qu’elle devrait se plier à la loi inexorable qui enchaînait ces énormes boules et les réduisait au rôle de serviteur devant assurer la grandeur et la splendeur du Soleil, elle se voyait condamnée à tourner en rond toute sa vie et, malgré toute sa philosophie, une profonde amertume l’envahit. Voilà donc quelle serait sa destinée ! Elle était partie joyeuse pour explorer l’immense Univers et son aventure se terminait dès l premier pas … Elle douta de l’existence d’un dieu des comètes et fut toute prête à admettre celle d’un dieu du soleil.

Cependant, son amertume fît place à une joie débordante lorsqu’elle s’aperçut qu’elle continuait tranquillement sa route qui coupait celle d’une énorme boule menée par une force invisible et fatale. Puis sa joie fit elle-même place à un orgueil démesuré:

« Ainsi, pensait-elle, les lois inexorables ne sont pas faites pour moi ! Elles ne peuvent qu’enchainer ces gros blocs stupides et faibles, mornes et ternes. Moi, je suis au dessus de ces lois … »

- Ainsi monologuait imprudemment Gilky et sa jeune naïveté. Elle ne put pourtant se défendre d’un peu d’appréhension car elle se dirigeait en droite ligne vers le Soleil. La possibilité d’une rencontre avec ce géant ne laissait pas que de l’inquiétude. Elle ne souhaitait pas renouveler l’exploit de sa mère, bien qu’elle lui dût tous les enchantements qui la ravissaient. Et puis elle se trouvait un peu jeune pour enfanter, c’est-à-dire pour mourir puisque les deux termes sont synonymes chez les comètes. Enfin, elle conservait une méfiance hostile, mitigée de rancune à l’égard de cette boule de feu, sentiments qu’elle s’expliquait pas, mais qui provenaient sans doute de la crainte qu’elle avait eu de tomber sous sa domination.